Nord Stream 2 : Berlin et Moscou se mettent d’accord, l’Ukraine et la Pologne voient rouge

Après de longs mois de tensions, Vladimir Poutine et Angela Merkel, ont trouvé une issue à un dossier clé sur la dépendance énergétique de l’Europe. Les deux dirigeants ont exprimé leur satisfaction quant à l’avancée du gazoduc Nord Stream 2, a annoncé mercredi le Kremlin, après l’annonce d’un premier accord entre Berlin et Washington sur le sujet. Prévu pour la fin d’année, Nord Stream 2 est le projet pharaonique long de 1.230 kilomètres qui vise à doubler les capacités d’exportation de gaz russe via la mer Baltique.

« Les dirigeants sont satisfaits de voir que la construction de Nord Stream 2 est sur le point d’être achevée », a déclaré le Kremlin après une conversation téléphonique entre le président russe et la chancelière allemande.

Or, cette entente n’est ni du goût de l’Ukraine ni de celui de la Pologne. Le gazoduc, passant sous la mer Baltique pour gagner l’Allemagne – doit permettre à Moscou d’accroître ses livraisons de gaz en Europe de l’Ouest tout en contournant l’Ukraine, privant ainsi Kiev d’importantes recettes de transit. L’Ukraine craint d’être plus vulnérable face à d’éventuelles attaques russes sur son territoire.

« Une telle décision crée de nouvelles menaces pour l’Ukraine et l’Europe centrale, sur les plans politique, militaire et énergétique », ont déclaré dans un communiqué commun Dmytro Kouleba et Zbygniew Rau, respectivement ministres des Affaires étrangères des deux pays.

L’accord ouvre pourtant la voie à des sanctions contre la Russie en cas de dérapage. Il promet aussi que Washington et Berlin s’engageront pour permettre de prolonger des mesures qui garantissent le passage par l’Ukraine du gaz russe.

« Le président russe et la chancelière allemande ont évoqué la possibilité de prolonger après 2024 l’accord entre Gazprom », géant énergétique russe, « et l’ukrainien Naftogaz quant au transit du gaz par le territoire ukrainien », a annoncé le Kremlin sans autre détail.

En octobre dernier, la Pologne avait d’ailleurs infligé une amende de plus de 29 milliards de zlotys (6,5 milliards d’euros) au géant russe Gazprom pour avoir construit le gazoduc Nord Stream 2 sans son accord.

Aussi, en juin, l‘ONG environnementale allemande Deutsche Umwelthilfe a cependant annoncé mercredi avoir engagé un recours pour demander l’annulation de la construction et de licence d’exploitation de ce gazoduc pour des motifs de protection de l’environnement.

Le retournement inattendu de Joe Biden

A l’inverse, le président russe a, selon le Kremlin, salué « l’engagement » de Berlin pour mener à bien ce projet. Il a insisté sur l’aspect « purement commercial » du gazoduc, présenté comme une garantie pour l’approvisionnement en énergie de l’Allemagne et, plus généralement, l’Union européenne (UE).

De même, après une période de sanctions, les Etats-Unis ont annoncé mercredi un accord avec le gouvernement allemand pour clore leur dispute au sujet de ce gazoduc. Les Etats-Unis et certains pays européens estimaient que ce projet allait augmenter la dépendance de l’Europe à la Russie en matière d’énergie.

Mais le président américain Joe Biden, opposant de longue date du projet, avait finalement renoncé fin mai à prendre des sanctions contre le géant gazier public russe Gazprom, qui finance le projet. Un retournement inattendu.

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Le locataire de la Maison Blanche a renoncé à bloquer le projet, estimant qu’il était trop tard et qu’il valait mieux miser sur l’alliance avec l’Allemagne dont Washington souhaite s’assurer la coopération dans d’autres dossiers, notamment face à la Chine.

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