Lagarde s’inquiète du variant Delta, la BCE poursuit sa politique monétaire accommodante

C’est une annonce qui devrait rassurer les marchés financiers alors que la flambée du variant Delta inquiète jusqu’à la Banque centrale européenne. Alors que les tensions sur les prix faisaient craindre aux investisseurs une remontée des taux d’intérêt, la BCE a maintenu jeudi ses taux directeurs à leur plus bas historique. Le principal taux d’intérêt a été maintenu à zéro. Surtout, l’institution basée à Francfort a annoncé que ces taux directeur au plus bas ne seront pas changés jusqu’à ce que l’inflation converge à 2%, le nouveau seuil fixé début juillet.

La Banque centrale européenne (BCE), qui vient de modifier son objectif d’inflation et vise désormais un niveau de 2% ( et non plus « en-dessous mais proche de 2% ») s’attend à ce que la hausse des prix dans la zone euro dépasse temporairement ce niveau cette année avant de refluer l’an prochain. Ce jeudi 22 juillet, l’institution bancaire a souligné « son engagement à maintenir une politique monétaire toujours accommodante pour atteindre son objectif d’inflation ». La BCE s’attend à « moyen-terme » à une stabilisation à 2% d’inflation.

Dans un communiqué publié ce jour, le conseil des gouverneurs a précisé qu’il « s’attend à ce que les taux d’intérêt directeurs de la BCE restent à leurs niveaux actuels ou inférieurs jusqu’à ce qu’il voit l’inflation atteindre 2% bien avant la fin de son horizon de projection » qui s’étale sur trois ans « et durablement pour le reste de l’horizon de projection », ajoutant que « cela peut également impliquer une période transitoire au cours de laquelle l’inflation est légèrement supérieure à l’objectif ».

Inflation galopante

Au moins de juin, l’inflation était de 1,9% dans la zone euro (sur un an), en légère baisse après un mois d’avril qui l’a vu atteindre la barre symbolique des 2%. Autant en Europe qu’aux États-Unis, où l’inflation flirte avec les 5,5%, ce phénomène est lié à des effets conjoncturels, notamment la reprise des économies après le choc du coronavirus, les montants massifs des plans de relance, une montée des prix de l’énergie, notamment à cause des incertitudes sur le marché pétrolier, ou encore les pénuries sur les chaînes d’approvisionnement, bouleversées par la crise sanitaire.

D’autres annonces devraient sécuriser les marchés financiers mais aussi écarter à moyen terme le risque de crise de dette souveraine de la zone euro. La BCE a confirmé maintenir l’ensemble de ces dispositifs exceptionnels de soutien à l’économie, et notamment le fameux « bazooka monétaire », le PEPP, doté de 1.850 milliards d’euros, mis en route en pleine pandémie afin de soutenir les mesures d’urgence des Etats et ainsi contribuer à la stabilité du système.

Ce programme a vocation à durer « au moins » jusqu’en mars 2022, et « dans tous les cas » jusqu’à ce que le conseil des gouverneurs « juge que la crise du coronavirus est terminée ».

Faire circuler l’argent dans l’économie réelle

Alors que la dette des Etats se creuse de façon drastique (environ 120% du PIB en France), ces décisions devraient donc contribuer à « huiler » les circuits de financements des pays de la zone euro. En poursuivant son programme de rachat de dette sur les marchés secondaires auprès des investisseurs privés, la BCE pousse ces derniers à acheter des créances des Etats membres à des taux très bas, voir négatifs.

Toutefois, la BCE veut accélérer la diffusion de la masse monétaire disponible dans l’économie réelle. Les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur les dépôts qu’elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients, a annoncé l’institution. Une décision qui vise à inciter les établissements bancaires à accorder des crédits pour soutenir l’économie.

La présidente de la Banque centrale européenne doit s’exprimer pour apporter des précisions cette après-midi.